Les 28 et 29 mai 2026, s’est tenu le séminaire annuel du Gis Marsouin, à Quimper. Cet événement incontournable a réuni chercheurs, experts et professionnels autour des grandes transformations numériques de notre société, abordant des sujets aussi cruciaux que la régulation des plateformes, l’inclusion numérique, la cybersécurité et l’écoconception.
Marsouin (Môle Armoricain de Recherche sur la SOciété de l’Information et les Usages d’INternet) est un Groupement d’Intérêt Scientifique créé en 2002 à l’initiative du Conseil Régional de Bretagne. Il rassemble les équipes de recherche en sciences humaines et sociales des quatre universités bretonnes et de trois grandes écoles, soit 18 laboratoires, qui travaillent sur les usages numériques. Trois laboratoires ligériens sont également associés au réseau. Marsouin totalise environ 200 chercheurs en sciences sociales de l’Ouest.
Voici un aperçu des thématiques majeures qui ont rythmé ces deux jours d’échanges intenses :
1. Régulation, désinformation et « bulles de filtres »
La première journée a mis en lumière les défis démocratiques majeurs posés par la Lutte Informatique d’Influence (L21) et les dérives de l’écosystème juridique actuel (à l’instar des dynamiques de campagnes exclusivement menées sur TikTok). Face à la viralité algorithmique et aux « bulles de filtres » — massivement plébiscitées par les internautes pour conforter leurs opinions —, l’accent a été mis sur la nécessité de développer l’hygiène informationnelle et la résilience critique des citoyens. Une étude Marsouin/Wikimédia de fin 2025 a d’ailleurs permis de segmenter les usages des Français en 4 grands profils, du « téléspectateur silencieux » à l’internaute « omnivore » hautement connecté.
2. Inclusion numérique et accès aux services publics
Les enjeux de l’inclusion numérique dans le secteur médico-social ont révélé que les outils comme le smartphone étaient de formidables vecteurs de reconstruction identitaire et de lien social pour les personnes en situation de handicap, bousculant les préjugés sur l’incapacité. En parallèle, la recherche RESPIRAE a interrogé les impacts parfois douloureux de la dématérialisation des services publics. L’aisance numérique ne suffit pas toujours à garantir l’accès aux droits sociaux (CAF, France Travail), pointant du doigt le manque d’intuitivité des interfaces et les risques de non-recours.
3. Écoconception et agentivité face aux plateformes
La seconde journée s’est tournée vers l’écologie politique du numérique et la loi REEN en Bretagne. La tendance est désormais au Sustainable by design : intégrer des critères environnementaux et sociaux dès la commande publique (via le référentiel RGESN). Les débats ont également modélisé l’impact du design persuasif (comme celui de YouTube) sur notre « agentivité » (notre puissance d’agir). Le projet VideoImpact étudie précisément comment la modification de ces designs (suppression de l’autoplay, des shorts, etc.) peut réduire l’empreinte écologique tout en améliorant le bien-être numérique.
4. Pratiques des jeunes et IA au quotidien
Enfin, une enquête menée auprès de collégiens en Ille-et-Vilaine a rappelé que le smartphone est devenu le « rite de passage » absolu dès la classe de 6ème. Si l’usage de l’intelligence artificielle s’ancre fortement à la maison pour les devoirs , le contrôle des écrans par les parents reste très différencié selon les milieux sociaux, oscillant entre restrictions logicielles strictes dans les milieux favorisés et une autonomie subie (faute d’alternatives) en milieu rural ou modeste.
Ce qu’il faut retenir : Ce séminaire Marsouin 2026 a brillamment démontré que le numérique ne peut plus être pensé uniquement comme un outil technique. Qu’il s’agisse de souveraineté des données à travers les communs géonumériques (OpenStreetMap, Panoramax) ou de politiques locales inclusives menées à l’échelle internationale (déclaration CC4DR), l’avenir du numérique réside dans sa capacité à être responsable, éthique et résolument humain.




